Qui est Eugène Atget (1857-1927) ?

Site de la BNF par Jean-Marie Baldner

Atget, une biographie impossible ?

On connaît très peu de choses de la vie d’Eugène Atget. Il est né à Libourne le 12 février 1857. Certaines sources laissent penser qu’il a été marin. En 1879, il entre au Conservatoire national de musique et de déclamation, tout en faisant parallèlement son service militaire. En 1882 il devient directeur d’un hebdomadaire humoristique Le Flâneur. Il joue dans diverses pièces de théâtre. Au bout de quelques années il abandonne le théâtre, mais continue à s’y intéresser, comme le montrent les photographies de sa bibliothèque et les conférences sur le théâtre qu’il donne jusqu’en 1913.


Atget selon la BNF

Le travail de la collection : l’ordre et le classement, les séries
par Guillaume Le Gall


Biographie d’Atget sur Actuphoto

Eugène Atget – Biographie

« Eugène Atget (1857-1927) est une figure complexe de l’histoire de la photographie.
Précurseur du Surréalisme pour les uns, père de la photographie avant-gardiste des années 1930 pour les autres, il apparaît aujourd’hui comme un photographe ayant conduit un projet immense qui dépasse les grandes catégories de l’histoire de l’art.
Son projet est assez simple dans sa conception. Dès les années 1890, Atget décide de photographier l’ensemble du vieux Paris, c’est-à-dire tout ce qui dans la ville renvoie à
une époque d’avant l’haussmannisation, et élargit son champ d’investigation aux environs proches comme Versailles, Fontainebleau ou encore Beauvais. Sa démarche n’en est pas moins très organisée et peut être comparée à celle d’un historien. Atget choisit systématiquement de représenter ce qui ressortit à l’ancien en prenant le soin d’exclure tout ce qui pourrait relever de la modernité. Bien qu’il enfreigne à la fin de sa vie la règle qu’il s’était imposée, notamment en photographiant quelques vitrines des grands magasins parisiens, Atget va suivre une logique qui lui permet de structurer l’ensemble de ses dix mille clichés.[…]Dans l’album de Beauvais, Atget fait alterner trois types de vues qui correspondent à une approche qu’il a développée au long de son travail sur le vieux Paris. D’un côté, le photographe présente des monuments historiques reconnus, le cloître, la cathédrale ou le Palais de Justice, de l’autre, des rues sinueuses flanquées de bâtiments vétustes dont le seul intérêt procède de leur valeur d’ancienneté. Enfin, quelques vues montrent la structure et la physionomie de la vieille ville dont le tissu urbain serré est l’une des qualités essentielles. » Guillaume Le Gall, extrait du livre « Autour d’Atget. Beauvais, actualité des faubourgs »

Lire plus d’infos sur le blog sur actu photo


Eugène Atget


Eugène Atget (1857-1927) Biographie Universalis

Auteur de l’article : Anne de MONDENARD (diplôme de l’École Louis-Lumière, diplôme de recherche de l’École du Louvre, responsable du fonds de photographie à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Paris)


Aux États-Unis, Eugène Atget est considéré comme le père de la photographie moderne et même comme un grand artiste du xxe siècle
. La France, où les surréalistes ont contribué à révéler Atget, l’a trop longtemps considéré comme un artisan naïf, peu conscient de la beauté de ses images. Au point d’en faire le douanier Rousseau de la photographie. De fait, la place d’Eugène Atget dans l’histoire de la photographie est atypique. À la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle, les photographes s’équipent d’appareils plus maniables, plus rapides, se regroupent en club d’amateurs pour se livrer ensemble à la pratique de la prise de vue, tels les excursionnistes, exposent dans des salons à la façon des peintres et des sculpteurs ou encore publient leurs images dans des revues luxueuses. Équipé d’un trépied, d’une chambre grand format (18 cm × 24 cm) et d’un voile noir – un matériel qui évoque plutôt les premiers photographes –, Atget se présente comme un garant du métier de photographe. Il opère seul, choisit ses sujets.

1.  Une passion solitaire

Né en 1857 à Libourne, il commence à photographier alors qu’il a plus de trente ans et cette activité l’occupe jusqu’à la fin de sa vie, en 1927 à Paris (il est cependant très peu actif de 1914 à 1920). Il a exercé auparavant plusieurs professions, mais son premier désir était de devenir comédien. Entré au Conservatoire en 1879, il s’en fait exclure deux ans plus tard, ses obligations militaires l’empêchant d’être suffisamment assidu. Il mène alors une vie d’acteur ambulant avec sa compagne Valentine Compagnon, rencontrée en 1886. Ses premières images, qu’il vend à des artistes, sont des « paysages, animaux, fleurs, monuments, documents, premiers plans pour artistes, reproductions de tableaux », ainsi qu’on peut le lire dans une annonce publicitaire parue dans La Revue des beaux-arts, en 1892. Il s’essaye aussi à la peinture. En 1898, il vend pour la première fois des photographies à des institutions, au musée Carnavalet puis au musée de Sculpture comparée. S’il renonce à sa carrière d’acteur pour adopter le métier de photographe, il ne rompra jamais avec le théâtre. Il continue à se présenter comme un artiste dramatique jusqu’en 1910, avant de se déclarer éditeur en 1912, et donne des cours de diction et des conférences sur cet art jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale.

2.  Le classement des images

En 1898, l’année où il entreprend sa collaboration avec les institutions parisiennes dont il va nourrir de ses photographies les fonds documentaires (Bibliothèque nationale, bibliothèque de l’école des Beaux-Arts, bibliothèque des Arts décoratifs, bibliothèque historique de la Ville de Paris), Atget se lance dans son grand projet photographique, unique par son ampleur et son volume – dix mille images estimées, ce qui est beaucoup pour des négatifs sur verre. Il invente un classement des images – pour la plupart réalisées à Paris et aux alentours – précis et presque conceptuel, atypique pour l’époque. Ses négatifs, parfaitement légendés, sont en effet identifiés par un numéro et répartis en cinq séries principales. La première « Paysages et documents » n’est pas la plus copieuse, mais rassemble le travail réalisé depuis le début des années 1890 : des vues de plantes, d’animaux, des scènes paysannes, mais aussi des rues et de monuments du vieux Rouen (1907) ; Atget l’enrichira jusqu’à la fin de sa vie. La série « Paris pittoresque » commencée avant 1898 en collectant des images de petits métiers (marchands ambulants, rémouleurs, paveurs) n’est guère poursuivie entre 1900 et 1910.

3.  Un piéton de Paris

Une plongée dans les images souligne la variété des sujets comme la façon de les envisager, du plan large au détail minutieux. Atget s’est autant intéressé aux façades des vieux hôtels parisiens qu’aux éléments de décors (heurtoirs, vantaux de porte, mascarons, boiseries, rampes en fer forgé), aux sculptures des jardins publics et à leurs reliefs, aux devantures et enseignes de boutique. Il a également photographié des cours décrépies, des abords de chantiers de démolition. Il a suivi le cours de la Bièvre ou les murs des anciennes fortifications, sans oublier les personnages qui habitent ses images : commerçants, zoniers, chiffonniers. Il arrive encore que le photographe lui-même abandonne ça et là son ombre ou son reflet. À la fin de sa vie, il photographie les terrasses des cafés de Montparnasse, quelques nus en totale rupture avec la tradition académique, des branches d’arbres en fleurs ou leurs racines.

Atget partait photographier avant l’aube pour profiter de la lumière matinale. Il tirait ses épreuves dans son appartement parisien, situé au 5e étage du 17 bis, rue Campagne-Première (XIVe). Le trois pièces cuisine était adapté à son activité professionnelle : la salle à manger faisait office de laboratoire…

4.  Du document à l’œuvre

Au sein de la volumineuse production d’Atget, il existe sans conteste des images prises pour être proposées aux différents clients et qui peuvent être assimilées à des documents, surtout dans les premières années. Encore faut-il s’entendre sur la signification du mot : désigne-t-il un sujet correctement photographié, identifié ? Une reproduction la plus neutre possible d’un motif ? Le moins que l’on puisse dire est que Atget a joué avec ce mot et a brouillé les pistes. Pour l’album « Intérieurs parisiens », par exemple, et notamment les photographies représentant l’appartement d’un artiste dramatique rue Vavin ou d’un ouvrier rue de Romainville, les légendes sont fausses, puisque les vues ont été prises dans l’appartement d’Atget.

Plus fondamentalement, c’est la façon dont Atget représente un sujet et notamment la place qu’il adopte face au motif qui est en question. À première vue, il semble proposer de simples constats. À la fin des années 1920, cette apparente neutralité, au moyen de photographies nettes et profondes, est mise en avant par les défenseurs de la modernité artistique et notamment par les tenants de la Nouvelle Photographie. « Une bonne photographie c’est, avant tout, un bon document », lance en 1928 le critique d’art Florent Fels.

Bibliographie

G. Le Gall, Atget, Paris pittoresque, Hazan, Paris, 1998

J. Leroy, Atget : magicien du vieux Paris en son époque, P. J. Balbo, Joinville-le-Pont, 1975

Eugène Atget, 1857-1927, intérieurs parisiens, photographies, texte de M. Nesbit, musée Carnavalet, Paris, 1982

M. Nesbit, Atget’s Seven Albums, Yale University press, New Haven-Londres, 1992

L. Beaumont-Maillet, Atget Paris, Hazan, Paris, 1992 (réed. 2003)

J. Szarkowski & M. Morris Hambourg, The Work of Atget, 4 vol. : vol. 1, Old France

vol. 2, The Art of Old Paris

vol. 3, The Ancien Regime

vol. 4, Modern Times, the Museum of Modern Art, New York, 1981-1985.


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.